Les partis-pris décoratifs
Nous ne connaissons ni l’architecte, ni les sculpteurs et les peintres des décors de Montbras… Il s’agit certainement de maîtres, s’inspirant des grandes réalisations de la Renaissance française (vulgarisées par Androuet du Cerceau) et très au fait des modes de cette époque Henry IV, ainsi la voûte en plein cintre surbaissé d’une des quatre grandes salles du logis a été peinte d’un ensemble de quarante-deux tableaux mythologiques, empruntés à La Métarmorphose d’Ovide figurée, fameux ouvrage paru à Lyon en 1557, illustré par Bernard Salomon.
Les tableaux subsistants sont hélas très endommagés, mais ils témoignent du souci de Claude de Verrières et Louise des Salles, nobles cultivés et fortunés de ce début de l’Âge baroque, d’avoir leur cycle mythologique (comme alors au Palais ducal à Nancy) et d’y chercher quelque moralité, dans l’esprit des “emblèmes”, très prisés à l’époque. De même, le décor peint et stuqué du “cabinet de Claude” présente des monogrammes clairs : double C : C = Claude, double lambda λλ = Louise, CDV=Claude de Verrières, AV=Amanty Verrières, mais aussi des cryptogrammes : S fermés, symboles de fidélité, de constance, et double φ (phi grec)= ?
S’opposant aussi face à face une peinture intitulée Dance des Topinambouc, reproduction de deux gravures de P. Firens (il s’agissait de six indiens du Brésil, “sauvages” amenés en France en 1613 pour être instruits dans la religion catholique) et une peinture montrant trois couples de courtisans, très civilisés… Comme dans le décor sculpté du château, se confrontent les jeux de la guerre (trophées militaires, panoplies) et ceux de la grâce amoureuse (fleurs, déesses, danse), ou de l’imaginaire exotique (“grimaces” des consoles, Topinambous). S’interpellent le profane et le sacré (mythologie païenne et affirmation de la Foy, décor de l’ancienne sacristie), le visible (armoiries) et le caché (cryptogrammes, rebus, devises celle des de Salles : “La Tour du Seigneur est ma forteresse”).
De destructions en remaniements
Le château initialement rêvé par ses constructeurs n’a jamais été achevé, et la mort de Louise des Salles en 1611 a ralenti les travaux. Le deuxième étage prévu en façade (les trois hautes lucarnes actuelles) est resté amorcé, de même les volutes flanquant certaines niches…
D’après un plan de 1720, il ne restait alors des quatre corps de bâtiments d’origine que l’aile Est (logis principal), une portion de l’aile Nord et l’aile Ouest (entrée actuelle), mais cette aile disparut avant 1754, à l’exception des deux tours…
On sait aussi que la famille de Sommyèvre a considérablement remanié au XVIIIe siècle ce qui subsistait du château d’origine après les troubles (incendie ?) : cloisonnement des salles du rez-de-chaussée du logis ; destruction de l’escalier principal rampe sur rampe ; création des chambres du premier étage, pourvues de deux cabinets, et pour cela, désorganisation de la façade Est, sur terrasse, par des percements (fenêtres, porte) qui brisent les travées initiales ; reconstruction de la façade Nord, sur la cour… À une époque indéterminée, les tours sont arasées et perdent leur chemin de ronde. La tour Nord Est perd même ses consoles scupltées. À la Révolution, les armoiries sont bûchées, et après 1837, le château sert d’engrangements et se trouve en grand péril… La basse-cour et les dépendances du château sont devenues le village de Montbras.
De restaurations en restauration
Quand Francis de Chanteau acquiert Montbras en 1876, il y commence d’importantes restaurations, qui vont sauver le château. Il redécouvre les peintures des Métamorphoses très endommagées sous un badigeon, il recrée une chapelle (initialement dans l’aile Sud), il se fait le premier historien du château (grâce à sa formation d’archiviste), mais il meurt en 1882, à trente-trois ans… Madame de Chanteau puis ses héritiers continuent l’entretien, mais il faut attendre 1986 et l’achat du château par Claude Thomas pour que soient entrepris les travaux d’envergure qui permettent aujourd’hui la renaissance de Montbras et que manifestent, suite à la tempête de 1999, la restauration de la toiture du logis principal, et la restitution de six lucarnes du logis (sur le modèle de celle qui subsiste sur l’aile Nord).
Les projets de créer une ressource hôtelière de qualité, combinés à la promotion du tourisme culturel en sud-ouest lorrain, permettent d’espérer une nouvelle prospérité pour Montbras !
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